Assise dans une salle de cours, j’écoute un professeur qui parle depuis une heure, mais mon esprit est ailleurs. A dire vrai, il est resté flâné du côté de Tauranga, près du Mount Maunganui où l’on a passé notre premier hiver néo-zélandais.

Un flash. La ville. Sa bibliothèque, qu’on a écumée en long en large et en travers à la recherche de petits boulots. Un souvenir parmi tant d’autres qui revient comme un boomerang pour me rappeler que malgré les galères, les contrariétés du quotidien, c’était quand même chouette ce voyage à l’autre bout du monde. Ça me laisse rêveuse, et il faut bien le dire, nostalgique car… c’est déjà fini…

Wanaka arbre

Le lonely tree dans le lac de Wanaka

Un “mal” nécessaire ?

Cette nostalgie, elle ne m’avait pas trop effleurée l’esprit depuis notre retour. Trop occupé à revoir nos proches, notre famille et nos amis, rattraper les 18 mois passés loin d’eux. À l’autre bout de la planète, loin des préoccupations françaises.

Et puis il a fallut reprendre un quotidien, « le cours de la vie » comme disent certain. Comme si cette expérience n’avait été qu’une petite parenthèse dans nos vies. On pourrait croire que le voyage, la liberté qu’on a pu ressentir, l’absence de contrainte et d’obligation ne peut durer qu’un temps, comme dans un rêve. Et le retour en France sonnerait alors comme un « retour à la réalité ».

On ne le vit pas du tout comme ça. On a vécu de belles choses, on a grandi, on a murit, on a fait des rencontres qui nous marqueront pour le reste de notre vie. Notre vie ne s’est pas arrêtée le 7 février 2014 pour recommencer le 8 août 2015 à notre retour.

Bien sur, il nous a fallut retrouvé un quotidien, une routine qui, il faut bien le dire, nous a manqué de temps à autres. Mais notre quotidien d’aujourd’hui est très loin de celui qu’on avait quitté. Notre manière de voir les choses, d’envisager l’avenir, notre manière de vivre s’est considérablement modifiée après notre année et demi en Nouvelle-Zélande. C’est un peu bateau de dire ça : nous ne sommes pas extraordinaire et la plupart des voyageurs au long court reviennent avec cette même idée, mais elle est pourtant bien réelle.
Des exemples concrets ? Pierre-Jean a trouvé un job à Cayenne où il pourra enfin tutoyer son objectif : se former pour ensuite participer à des missions d’urgences à travers le monde. Moi, j’ai repris le chemin de l’école pour préparer le CAPES de Science Eco.

Bref, on a été bien occupé. On n’a pas eu trop le temps de penser. Et puis vlan ! D’un coup, en se replongeant dans les photos et les vidéos, ou même juste assis à rêvasser, voilà que des flashs de souvenirs reviennent.

La musique de Chris Rea et je nous vois encore sur les routes de l’île du sud, roulant droit vers le Mount Cook. Un kiwi dans la corbeille de fruits, et les mois de dur labeur à Te Puke avec la fine équipe qu’on était, remontent à la surface. Le son de la mer et je nous retrouve à nouveau dans la petite maison de John, dans le Coromandel.

Nelson Lakes Nouvelle-Zélande PVT

Même par temps maussade, les paysages de l’île du Sud, ici aux Nelson Lakes, sont sublimes

La fameuse phase du retour

Pour être honnête, j’appréhendais le retour. Et pour être encore plus honnête, je n’avais pas tellement envie de rentrer. En plus de me plaire en Nouvelle-Zélande, j’avais un peu peur du contre coup dont parlent de nombreux voyageurs, l’envie irrémédiable de repartir, la difficulté de retrouver sa place dans la société qu’on a quittée. Au final, je n’ai pas eu cette peine là.

La nostalgie de ce voyage, ce sont surtout l’accumulation de bons moments. Il n’y a pas eu ce « choc du retour » tant redouté. Forcément, on a un œil extérieur et assez critique sur la frénésie de la vie en France, sur le monde toujours plus pressé, stressé et stressant. Mais chose extraordinaire : ça n’a plus vraiment d’effet sur nous, sur moi qui suis pourtant une grande stressée. Le métro est plein ? Pas grave on prend le prochain. Le bonhomme à la caisse est mal luné ? On lui dit quand même bonjour avec le sourire. Des petites choses toutes bêtes, mais qui, si elle ne change pas le monde, change son propre quotidien.

Couche-de-soleil-Kite-surf

La plage, en face de chez nous

La nostalgie est souvent vue comme un truc péjoratif. Un sentiment dont on se passerait bien. Le fameux « c’était mieux avant »… Mais c’est à mon sens un moyen de chérir des moments passés, d’en garder que le meilleur et de puiser dans ces souvenirs la force d’avancer. Se souvenir de quoi on a été capable. Se souvenir ce qu’on a surmonté. Se souvenir des éclats de rires comme des moments plus pénibles.

  1. Je vois qu’il n’y a pas que pour nous que le retour est dur en ce moment 😉 Et cela fait du bien de lire des pensées comme celles-ci (“non, la vie ne s’est pas arrêtée pendant un an !”).

    J’espère que vous parviendrez à garder votre recul (entre autres sur la frénésie et la tyrannie du temps) sur la durée, car, je parle d’expérience après un précédent voyage au long cours, après quelques mois/années, on a vite fait de reprendre certaines mauvaises habitudes de vie/pensée… Alors justement, être capable de réfléchir sur soi, la société, le recul que l’on a pu prendre en voyageant, cela aide à garder le cap (sinon, une petite piqûre de rappel en repartant sur les routes, ça marche aussi 😉 ).

    Merci pour la mention, ravie que la vidéo humoristique sur la dépression de retour de voyage vous ait fait rire… Mieux vaut en rire qu’en pleurer 😉

    • Merci pour ton commentaire Amandine 🙂
      Effectivement, le plus dur c’est de garder cet état d’esprit. Et puis s’il s’effrite de trop… hé ben on repartira au pays des bisounours ;D (Comme s’il fallait une bonne excuse ^^).

  2. En voilà un article qui colle plus avec notre vision du retour de voyage au long cours ;)… Pour nous le retour rime avec nouveaux projets, nouvelle vie, nouvelles oportunités. En fait j’ai plus ressenti ce retour comme un nouveau départ dont le voyage aura été le déclancheur. Bien sur quand on repense à certain moments sur les routes, on a la petite larme à l’oeil… Mais un petit coup de nostalgie de temps en temps ça ne fait pas de mal. Et puis, on a encore la vie devant nous pour voyager et se créer de nouveux souvenirs mémorables 😉

    • Merci Benoit pour ton petit mot 🙂
      Oui ! Je pense que le premier long voyage, c’est un peu le pied à l’étrier vers d’autres. Et c’est aussi celui qui doit marquer le plus et qui donc est le plus nostalgique. Comme un nouveau départ, c’est bien le mot ! J’ai hâte de découvrir vos nouveaux projets !

  3. J’ai vécu 2 retours de voyage au long cours et les 2 ont été très différents.

    Le premier, après 1 an vécu en Italie, m’a prise totalement par surprise. Je ne m’attendais pas au “choc culturel” du retour, au décalage avec les proches, à la difficulté de raconter ce qu’on a vécu. Et puis, j’ai tout enchaîné très rapidement au retour, trouvé un boulot directement, qui s’est avéré très peu enthousiasmant.

    Forte de cette expérience, j’appréhendais le retour d’1 an de tour du monde. Et tout s’est très bien passé. J’ai pris mon temps pour me réadapter aux horaires, aux agendas (bon, ça, j’ai encore un peu de mal), pour revoir ma famille et mes amis, pour redécouvrir ma belle Bruxelles. Et puis surtout, je suis revenue avec un nouveau projet professionnel complètement différent : devenir professeur de français langue étrangère. Un projet né pendant le voyage, qui a eu le temps de mûrir au retour, et dans lequel je me suis lancée corps et âme après quelques mois de réflexion. Et ça, ça change tout.

    Merci pour ce bel article qui présente la “nostalgie” du voyage différemment. Et non, ce n’est pas une “parenthèse”, un “retour à la réalité”. Ce que l’on vit en voyage est différent mais n’en est pas moins réel. Et il nous construit.

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