Véritable œuvre d’art dessinée sur la peau, le tatouage symbolise énormément de choses pour la culture maorie.

Chaque dessin, chaque ligne, chaque trait et chaque centimètre de peau tatoué ne l’est jamais par hasard. L’art du tatouage repose sur la signification des dessins et la finesse des traits.

Mystérieux tatouages

Je me souviens parfaitement lors de notre HelpX dans le Marae pour le homebirth, le chef de la tribu, responsable du lieu, arborait un tatouage assez énigmatique, presque abstrait, dont on ne comprenait pas la signification ni le dessin. Ça nous avait beaucoup interloqués, puisqu’on savait déjà que le tatouage maori n’était pas un dessin fantaisiste. Il faut dire, que même en manche courte, nous n’en apercevions qu’une toute petite partie.

À la fin du week-end, nous avons passé plusieurs heures avec lui. Il nous a présenté ses ancêtres, nous a montré les objets vieux de plusieurs centaines d’années retrouvés sur le terrain lors de l’aménagement, nous a raconté son histoire. Sa vie de marin pécheur, de chef de tribu, de pilier de la famille. Et puis il nous a montré son tatouage et nous l’a expliqué.

Torse nu, il nous détaille chaque dessin, nous montre que ce qui semble être une baleine dans un sens se révèle être un mere (se prononce “méré”, c’est une arme faite de jade), dans l’autre. Un tatouage constitué de triangles plus ou moins grands, plus ou moins ombrés qui, l’air de rien comme ça, raconte toute l’histoire, les réussites, comme les échecs de cet homme. On n’avait donc pas idée de l’étendue de son tatouage et surtout de toutes les significations cachées dedans.

Dans la plus pure tradition, ce n’est pas lui qui a choisi ses dessins, mais les tatoueurs eux-même. Ils connaissaient son vécu, ses engagements envers sa communauté et c’est donc eux qui ont dessiné directement sur sa peau, son histoire. Successivement, année après année, réussite après réussite, sa peau est devenue le témoignage de sa vie. Incompréhensible pour ceux qui ne sont pas dans la confidence, son tatouage est l’un des plus impressionnants qui nous ait été donné de voir. Il est à l’image de l’homme, humble et mystérieux. On se demande encore tout ce qu’il cache…

Le rituel du tatouage

Au cours de notre voyage, et surtout dans la dernière partie, nous avons appris énormément de choses sur l’art du tatouage, sa signification, sa portée.

Les Maoris ne tatouent pas n’importe qui, et n’importe quand. Avec John Rabarts, pendant notre séjour dans le Coromandel, nous avons pu en apprendre davantage sur le chin moko, le tatouage des femmes.

Il nous a ainsi raconté que tout près de Kennedy Bay, dans une crique paisible se trouvait autrefois un sanctuaire où les femmes de la région venaient se faire tatouer le menton et les lèvres.

Hinepare

Portrait de Hinepare, femme de haut rang, réalisé en 1890
Source

Le chin moko est certainement l’un des tatouages les plus douloureux, surtout quand on connaît les techniques ancestrales. À l’aide d’un ciseau fait d’os de baleine et d’un petit burin de bois, le tatoueur insérait l’encre, faite de baies noires, profondément dans le menton en incisant la peau.

Pour venir à bout de ce tatouage, il fallait aux femmes 8 semaines de patience, entre séance de tatouage et les soins nécessaires pour soigner les infections que cette méthode déclenchait. Beaucoup n’allaient pas au bout du processus.

Aujourd’hui encore, même si les techniques sont moins douloureuses, se faire tatouer sur le menton nécessite un rituel, une approbation de la tribu et du père de la femme, qui porte sur son visage l’histoire de sa famille et se doit alors de tenir un rôle exemplaire et de représenter les siens. Durant le dernier Matariki Festival de 2015, Taryn Beri, tatoueuse de talent que nous avons eu la chance de rencontrer, a effectué un chin moko en public. La vidéo est magnifique.

Pour les hommes, le tatouage sur le visage est également très particulier. Il témoigne des faits de guerre, de la vie de l’homme, ses apports à son iwi (sa tribu). Cependant, les chefs n’étaient jamais tatoués sur le visage. À cause de leur haut rang et de leur mana (leur force spirituelle, leur esprit), les tatoueurs refusaient de marquer cette peau sacrée, car si le tatouage s’infectait et finissait par tuer leur chef, le tatoueur pouvait être condamné à mort.

Homme_maori_au_visage_tatoué

Homme maori tatoué
Source

Les techniques ont progressé, mais le tatouage dans la culture maorie a toujours une signification très particulière et importante. Sur le corps ou sur le visage, un tatouage fait dans la plus pure tradition vous dévoile beaucoup de l’histoire et de la personnalité de celui qui le porte.

Si en Nouvelle-Zélande il n’est pas rare de rencontrer de talentueux tatoueurs, sachez avant d’aller les voir pourquoi vous les avez choisis et pourquoi vous avez envie d’un tatouage de ce style. Et surtout ! Surtout ! n’apportez pas un dessin, même créé par vos soins : ce serait une insulte à leur travail. Tous sont ravis d’expliquer leur art, et son importance dans leur communauté, et pourquoi pas, graver sur quelque centimètres de votre peau, votre histoire et votre vécu en Nouvelle-Zélande.

  1. Décrit comme ça, c’est vrai que ça fait un peu boucherie l’application du tatouage facial haha. Super intéressant en tout cas cet article et j’ai appris pas mal de chose sur cet art ancestral mais qui encore aujourd’hui me fascine complètement. Je n’ai pas souvenir d’avoir croisé un local avec un vrai tatouage sur le visage. En revanche, une fois j’ai rencontré un maori avec une silver fern qui partait de derrière la nuque au niveau de l’oreille et descendait en s’affinant jusque sous le menton. C’est le plus beau tatouage, même très simple, que j’ai vu de ma vie ! Bon le mec était une gravure donc ça aide aussi certes 😉

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