C’est à Rotorua, dans son atelier, que nous avons rencontré Niki Nepia. Ce sculpteur de jade, est à l’origine de l’école Te Puia, qui enseigne l’art du carving sur bois, sur os et surtout sur le jade, la fameuse pounamu, l’une des pierres sacrées dans la culture maorie.

Nous l’avions contacté pour découvrir ce travail de minutie, comprendre l’histoire de la pierre et sa signification pour le peuple maori.

Le pounamu, entre histoire et légende

La néphrite, l’autre nom du jade, est largement associée aux arts chinois et maoris. D’après les légendes maories, c’est d’abord Kupe, le premier polynésien à poser le pied sur Aotearoa, qui aurait découvert le pounamu de Nouvelle-Zélande.

Depuis sa découverte, le pounamu est aussi bien utilisé pour la vie quotidienne (comme couteau notamment), pour fabriquer des bijoux (comme les pendentifs) et des offrandes ou des armes de guerre (dont le fameux mere).

L’art de la sculpture est très ancien, les Polynésiens travaillaient déjà le bois et les os avant même que Kupe ne mette pied sur Aotearoa. Cependant, la sculpture du jade a mis beaucoup plus de temps à se développer compte tenu de la dureté de la pierre.

Les vieilles légendes contaient déjà la force de la pierre. Ainsi, Niki Nepia nous a dit que lorsqu’il était jeune, les anciens racontaient que pour séparer Ranginui (le Père-Ciel) et Papatuanuku (la Mère-Terre), Tane Mahuta utilisa une hache forgée dans la plus résistante des pierres de pounamu pour couper les liens et séparer ses parents.

Dans une autre légende, on raconte que le pounamu renferme dans son cœur la beauté de Waitaki.

Le gardien de la pierre de jade, Poutini, serait tombé follement amoureux de Waitaki et sa beauté infinie. La femme, mariée au puissant Tamaahua, prenait son bain non loin de l’habitation du gardien.

Le cœur consumé par le désir, Poutini s’envola avec Waitaki vers l’île du sud pour fuir le mari de sa nouvelle compagne.

Poutini waitaki pounamu legende

Dans la mythologie maorie, Tamaahua est un guerrier redouté pour sa pugnacité. Ce dernier, fou de rage, jeta un dard magique à Poutini pour le retrouver où qu’il se cache afin de le combattre et reprendre Waitaki auprès de lui.

La fuite de Poutini et Waitaki ne s’acheva qu’au moment où le gardien du mana choisit d’enfermer la beauté de sa nouvelle épouse dans une pierre qu’il déposa au fond du lit d’une rivière. C’était ainsi le seul moyen d’échapper à la fureur de Tamaahua.

Quand le guerrier découvrit le corps froid et sans vie de sa femme, changée en pierre, il laissa échapper le tangi, une complainte de deuil qu’on entend encore aujourd’hui à travers l’écho des montagnes.

Une pierre sublime, mais difficile à travailler

La pierre a la réputation d’être un joyau indomptable. En plus d’être une pierre dure et difficile à travailler, elle se mélange parfois à des impuretés qui la rendent impropre à l’usage qui lui était destiné.

Cela s’explique par son origine : la formation du jade remonte à des millions d’années. Formé dans les profondeurs de la terre, le jade est remonté à la surface par le frottement des plaques tectoniques.
On retrouve du pounamu principalement dans les rivières de la côte ouest de l’île du sud et dans les montagnes des Alpes du Sud.

Jade ou pounamu brute

Source : NZ Museums

Mélangé aux autres banals cailloux dans le lit des rivières, l’extérieur du pounamu est d’une apparence très banale. Une manière de cacher sa beauté aux yeux envieux, selon les anciens.

Pour qu’elle révèle sa beauté, la pierre doit être frottée contre du grès (ou sandstone en anglais) et être manipulée avec amour.
Avec cette méthode, sculpter une pierre pouvait prendre près de deux ans. Les techniques rudimentaires permettaient peu de détails et le pounamu était principalement utilisé pour créer des objets du quotidien.

La beauté et la force de la pierre déterminaient son usage. Les plus belles pierres, avec les plus belles couleurs, étaient réservées à la confection des armes. Ainsi, les Maoris n’utilisaient les pierres craquelées que pour les objets du quotidien, car ces morceaux n’étaient pas considérés comme assez résistants pour l’art de la guerre.

nuances de pounamu ou de jade

les différences de nuances de jade

Le pounamu aujourd’hui : des valeurs qui perdurent

À l’heure actuelle, le pounamu est toujours aussi précieux dans la culture maorie. Chaque bijou enferme le mana de leur propriétaire, leur force spirituelle. À leur mort, leur esprit est intégré à la pierre qui sera elle-même transmise à leurs descendants.

Cependant, au fur et à mesure que se développent les écoles d’art et les boutiques de vente de bijoux, la valeur commerciale du pounamu s’accroit. Niki Nepia admet qu’il est lui même « coupable » de cette marchandisation culturelle en facilitant l’accès du pounamu au grand public.

niki nepia pounamu carving

Le travail de la jade par Niki Nepia

Pour autant, il nous aussi dit que l’art de la sculpture n’a pas perdu de son aspect spirituel : avant de travailler chaque pierre et une fois la sculpture achevées, il prononce une prière qui bénit le bijou et son porteur.
Selon lui, le développement du pounamu a aussi du bon : enseigner l’art de la sculpture permet de préserver les traditions et de transmettre une pratique ancestrale.
L’emprunt de certaines techniques de sculpture sur bois permet désormais de réaliser des pièces en 3D quand il n’était possible que de créer des pièces en 2D il y a encore quelques dizaines d’années.

Et enfin, l’amélioration des techniques de travail permet aussi de créer des pièces somptueuses. D’ailleurs, lors de notre visite, Niki Nepia travaillait sur un de ses chefs-d’œuvre : il a réalisé une wakahuia, une boite aux trésors, dans un bloc de jade. Cette pièce est normalement réalisée en bois, car elle doit être décorée de très fins détails qu’il était auparavant impossible à réaliser dans une autre matière que le bois.

wakahuia pounamu

Source : Puawai Jade 

Et voilà. Vous savez tout, ou presque, sur les secrets de cette pierre sacrée et mystérieuse. Si l’envie vous prend d’acheter un bijou, n’hésitez pas à vous rencarder sur sa signification : chaque design est différent et certains symboles, comme le hei tiki, sont plutôt destinés à des femmes…

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