Après une nuit de camping sauvage à l’orée d’une forêt, nous avons poursuivi notre périple dans la région de Rotorua. Aujourd’hui, place aux grands lacs et à la ville de Rotorua, un bijou géothermique.

La vallée de Waimangu nous a déjà offert un bel aperçu de cette région volcanique où la Terre dicte ses lois. La ville de Rotorua n’échappe pas à cette activité souterraine intense.

Rotorua, la ville des grands lacs

Dans cette partie du pays, loin des côtes, l’eau reste omniprésente grâce à une multitude de lacs et de rivières disséminées un peu partout. La ville de Rotorua elle-même porte le nom du lac sur les bords duquel elle s’est installée.

En parcourant les divers guides de voyages, on est tombé sur les légendes maories des lacs Tikitapu et Rotokakahi, respectivement Blue Lake et Green Lake.

Le premier fût nommé après que la fille d’un haut chef maori y perdit son collier de jade, le Tikitapu. Selon la légende, la greestone (la pierre de jade) aurait alors donné sa couleur bleue turquoise au lac. Le magnifique plan d’eau s’étend sur 150 hectares.

Tikitapu Lake ou Blue Lake

Tikitapu Lake ou Blue Lake

Situé juste à côté, le lac Rotokakahi se teint d’un vert émeraude. Avant l’éruption du Mount Tarawera (encore lui !), les Maoris y dénichaient des Kakahi, une sorte de moule, d’où le lac tire son nom.
Aujourd’hui, il est interdit d’y pêcher, de nager ou de naviguer sur cette immense étendue d’eau de 440 hectares, car il est Tapu (sacré) pour le peuple maori. Pour cause, l’île Motu-Tawa, situé au coeur du lac Rotokakahi est le lieu de sépulture de nombreux ancêtres maoris.

Rotokakahi Lake ou Green Lake

Rotokakahi Lake ou Green Lake

Le contraste entre les deux lacs est étonnant ! Ils sont pourtant côte à côte et le Blue Lake prend source directement chez son voisin Rotokakahi. Les photos ne rendent pas hommage aux vraies couleurs, il faudra se déplacer pour découvrir le phénomène ! Mais on vous l’assure : les nuances entre le lac bleu et le lac vert sont visibles à l’oeil nu.

Nous continuons notre chemin, plus au sud de Rotorua, vers le Mount Tarawera. Si vous avez lu notre précédent article, vous savez que l’éruption du volcan a définitivement changé la physionomie des lieux. On voulait donc approcher du « monstre » au plus près. La route nous emmène jusqu’à Stoney point, au bord du lac Tarawera.

Depuis le parc où nous avons garé notre van, on le voit bien ce fameux cratère en partie détruit. Il est là, majestueux à tutoyer les nuages, et nous donne des envies de marcher jusqu’à sa crête ! Renseignements pris, il faut réserver via un tour opérator (et donc payer) pour réaliser cette rando… Dommage !

En remontant vers Rotorua, on s’arrête une nouvelle fois sur un lookout pour observer ce volcan d’un autre point de vue. Des panneaux expliquent aussi l’éruption et ses conséquences. D’ailleurs, pas très loin de nous se trouve le Buried Village, un bourg ensevelit par les cendres et la boue propulsées pendant cette nuit du 10 juin 1886…. à une bonne dizaines de kilomètres du volcan !

Rotorua, la ville qui fume

De retour dans la ville de Rotorua, on est de suite pris à la gorge par l’odeur caractéristique de cette ville : l’œuf pourri… Une odeur âcre, qui pique le nez. En réalité, il s’agit de sulfite de soufre, dégagé par les vapeurs d’eau thermale qui s’échappent partout à Rotorua.

Car, phénomène étonnant, la ville est installée sur une cocotte-minute : dans ses sous-sols, l’activité géothermique est tellement intense qu’à chaque coin de rue, la Terre laisse émaner ses gaz. Des espèces de cheminée ont même été construites dans des jardins de particuliers pour évacuer les vapeurs. Ces soupapes de décompression ont pour objectif d’éviter les accidents : sans ces équipements, la croûte terrestre serait grignotée petit à petit par l’acidité des vapeurs et entrainerait l’effondrement des habitations.

Je vous rassure : on finit par se faire à l’odeur et on ne sent pas le danger plus que ça : tout est sécurisé. On en profite donc pour se balader dans le Kuirau Park, le jardin communal.

Ne vous attendez pas à y découvrir beaucoup de fleurs : les attractions de Kuirau Park, ce sont plutôt les sources d’eau chaude et les mares de boue bouillante. Ça tombe bien : c’est ce qui nous botte le plus !

Le parc est en accès libre et gratuit. C’est à souligner, car c’est assez rare dans le coin. Et il est réellement impressionnant ! On voit des fumerolles à chaque pas, des mud pool en activité, des sources d’eau chaude qui jaillissent de partout… Les vapeurs plongent le parc dans une atmosphère très particulière, comme coupé du monde. Et pourtant on est à côté d’une des grosses artères routières de la ville ! C’est d’ailleurs le plus étonnant : Kuirau Park se situe en plein cœur de Rotorua, pas dans un coin paumé et excentré…

À l’entrée du parc, vous trouverez plusieurs bains publics. Au début, on pensait que c’était des lavoirs, jusqu’à voir deux jeunes gens papoter, les pieds dans l’eau. Hé ben, ni une ni deux, on en a fait autant… Je dois l’avouer : au départ, la chaleur est plutôt désagréable, car c’est vraiment beaucoup trop chaud ! Mais on s’y fait aussi très rapidement et s’en devient même super agréable surtout avec un soleil printanier qui réchauffe et ravive les couleurs du parc.

Rotorua, et ces villages hors du temps

La fin de journée approche, mais on n’a pas encore tout vu de notre programme ! On trace donc jusqu’au village maori de Ohinemutu, juste à côté de Kuirau Park.

Pépite apparemment méconnue des voyageurs, le village maori de Ohinemutu est pourtant l’un des seuls de la ville de Rotorua à être resté ouvert. Les autres monnaient leur entrée au prix d’une trentaine de dollars. Nous ne sommes pas très fanas des attractions touristiques qui, à notre sens, font perdre le charme et l’intérêt de ce genre de site.

Ohinemutu : son radeau et son église

Au fond, l’église catholique du village de Ohinemutu montre l’importance de la religion pour les maoris

Pourtant, il est impossible de découvrir Rotorua sans s’intéresser à la culture maorie : la ville est l’un des principaux bassins de leur culture et de leurs ancêtres.

Revenons donc à Ohinemutu. Situé sur les bords du lac Rotorua, le village continue de vivre avec la Terre et ses caprices. Dans chaque jardin, on retrouve une source d’eau chaude. Sur la place communale, face au Wharanui (la maison d’accueil), certains pavés ont été déplacés par la puissance de l’eau brûlante qui traverse le sol. Même sur le bord du lac, les fumerolles dansent autour du radeau local, peint aux couleurs maories.

En voyant ce village si proche de la Nature et de sa dangerosité, je ne peux que repenser aux paroles de cette femme maorie dans l’excellent reportage « Des trains pas comme les autres » de Philippe Gougler. Installée dans le village de Wakarewarewa, non loin de Ohinemutu, elle expliquait comment et pourquoi son village continu de vivre avec la Terre tout en étant consciente que cela aura une fin. Plusieurs maisons se sont déjà effondrées et le hameau entier est condamné à cause de ces vapeurs acides. Pourtant, tous restent y vivre pour une raison : ce sont leurs terres, mais il faut laisser faire la nature… quitte à disparaître avec leur village.

C’est en se rendant sur place, en voyant la Terre s’éveiller ainsi qu’on comprend que nous ne sommes que peu de choses face à la nature qu’on ne peut que la respecter. Tôt ou tard, cette dernière reprendra ses droits, malgré notre capacité à construire la tour la plus solide du monde ou une ville sur la mer…

Dernier arrêt avant Papamoa

Le week-end touche à sa fin, on reprend la direction de Papamoa. Mais avant d’avaler les kilomètres d’asphaltes, on fait un dernier crochet par Hamurana Springs, là aussi méconnu des touristes.

On ne sait pas vraiment ce qu’il y a à découvrir, mais il paraît que c’est beau. Bon, soit ! Filons voir !

Dès l’entrée dans le parc qui jouxte le golf, l’eau cristalline nous surprend. Même avec le soleil qui se cache derrière l’horizon et malgré les batifolages des oiseaux, l’eau reste d’un bleu transparent.

Notre balade se poursuit le long d’Hamurana Springs et après quelques minutes de marche, on tombe nez à nez avec la raison de notre venue. Depuis une plateforme située à deux ou trois mètres du sol, découvre la source qui alimente ce ruisseau cristallin. En fait, on se trouve face à une nappe phréatique profonde de 15 mètres.

L’eau de source qui s’échappe des entrailles de la Terre est si pure qu’elle se teinte de bleue en se chargeant d’oxygène, ce qui donne cette couleur féérique au ruisseau.

Avant de resurgir à Hamurana Springs et de se jeter dans le lac Rotorua, l’eau est d’abord captée sur les hauts plateaux de Mamaku. Ce voyage lui prendrait pas moins de 70 ans !

Le soleil est déjà bas et les couleurs plus aussi étincelantes qu’en milieu de journée. D’ailleurs, l’appareil photo n’arrive pas à reproduire les vraies teintes de ce paysage. On s’est promis d’y revenir pour pouvoir admirer la multitude de couleurs qui tente la source.

On retourne au parking par le sentier des Redwoods, des séquoias géants importés d’Amérique du Nord qui donne encore un autre cachet aux lieux.

Et nous voilà sur la route du retour pour de bon cette fois, émerveillés par ce que la Terre nous a montré pendant ces deux jours. Simple spectateur de ce théâtre qui dure depuis des millions d’années, on se rend compte encore un peu plus du respect que nous devons à la nature.

  1. Solène - I love travelling says:

    Hahaha l’oeuf pourri !!! Je voulais aller à Rotorua mais je n’ai pas eu le temps 🙁 Mais tes photos confirment ma volonté d’y aller 🙂

  2. (Maintenant que j’ai de nouveau un blog, je prend le temps de commenter)

    J’aime bien comment mine de rien dans vos articles, vous balancez des photos juste magnifiques! La photo d’Hamurana Springs est juste bluffante! C’est incroyable ces paysages mais c’est dommage de ne pas trouver ça plus près de chez nous…

  3. On fait bien de lire un peu de votre blog chaque jour, on en découvre à chaque fois 😀
    On est sur Rotorua jusqu’à dimanche, on aura peut-être le temps d’aller au village et voir cette source 🙂

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